Brève histoire de l’Irlande 1/2

Sexe, religion, argent, politique – les quatre sujets tabous des diners mondains en France, tous les ingrédients sont réunis pour faire de l’histoire de l’Irlande un bestseller à rebondissements !

L’Irlande, ancienne „Hibernia“, fut malgré son nom toujours convoitée. Par les Vikings d‘abord, dont on retrouve la trace dans l’appellation de la première ville irlandaise „Waterford“. Puis au début du XIe siècle, exit les Vikings, et entrée en scène des Anglais.. ils n’en sortirent que 900 plus tard et encore pas totalement..

C’est paradoxalement l’église catholique qui a été à l’origine de la conquête de l’Irlande par les Anglais. Rome disposait d’un pouvoir temporel considérable à l’époque, et la bulle Laudabiliter d’Adrien IV, seul pape anglais de l’Histoire, donnait en 1155 au roi d’Angleterre Henri II, le droit de contrôler l’Irlande afin de faire rentrer l’Eglise d’Irlande, semi-indépendante, dans le juste chemin. Ou comment tendre la perche pour se faire battre quand on songe à l’oppression que cette meme Eglise catholique subira ensuite..l’Histoire ne manque décidément pas de piquant.

C’est ainsi qu‘un roi irlandais déchu, Dermot Mac Murrough, qui voulait récupérer son royaume utilisa la fameuse bulle. Il fit pour cela appel à l’anglais Richard de Clare, duc de Pembroke, bien connu des irlandais sous le surnom de Strongbow. Celui-ci accepta d’aider Dermot, à condition de pouvoir épouser sa fille Aoife (prononcer „Iva“, equivalent gaélique de Eve). Le marché entre les deux hommes se fit, je doute que Aoife ait eu son mot à dire, même si la loi celte (Brehon Law) interdisait le mariage forcé. Quoi qu’il en soit, cette union anglo-irlandaise scella le début de 800 ans d’occupation. Pour la petite histoire, Isabel de Clare, la fille de Strongbow et Aoife, épousa William Marshal, le couple étonnament heureux eut 10 enfants dont on retrouve la descendance dans la plupart des familles nobles européennes…dont une certaine Elizabeth II, si si ..

Bref, avec le mariage de Strongbow et Aoife, l’Angleterre avait officiellement le contrôle de l’Irlande, mais dans la forme plus que dans les faits. Avance rapide jusqu’au XVIe et le fameux Henri VIII: rappel, c’est lui qui a créé l’Eglise anglicane en 1534 pour pouvoir convoler en juste noces avec Anne Boleyn ..ce qui ne l’empechera pas de la faire exécuter et de se remarier 4 fois ensuite..et je ne vous parle pas de ses nombreuses maîtresses… Du coup, pour asseoir son pouvoir aussi bien temporel que spirituel, Henri VIII fait signer „l’acte de suprématie“  qui fait de lui le chef de l’Eglise d’Irlande en 1537. Il pousse ensuite le culot jusqu‘à faire adopter l’acte de suprematie par le parlement dublinois et se fait acclamer dans toute la ville.Grosse libido et grand Ego Henri VIII..C’est lui qui adopte la harpe comme symbole de l’Irlande ceci dit, joli geste de reconnaissance envers les anciens bardes, et l’un des éléments fédérateurs de l’Irlande actuelle, de Guinness aux euros en passant par Ryanair.

Vous pensez bien que tous les irlandais n’étaient pas ravis à l’idée de devoir changer de religion juste pour faire plaisir à Henri VIII , hein..cujus regio, ejus religio* n’a jamais été dans l’ADN des irlandais.. du coup.. résistance irlandaise! Elle durera 400 ans, et sera plus ou moins durement contrée par la couronne britannique, qui monnayera la liberté des catholiques au gré de ses calculs politiques mais aussi de ses besoins en leur faisant payer une relative liberté afin de financer des guerres externes diverses et variées.

Dans un premier temps, c’est la reine Elisabeth I. qui a poursuivi le travail en soumettant l’Irlande au prix de combats à la cruauté dépassant parfois l’entendement. Il faut remettre la conquête irlandaise dans le contexte de l’époque ceci dit, celui des grandes découvertes et premières colonies.. L’Irlande avait le même statut pour beaucoup d’Anglais que les territoires du nouveau monde.

Au décès d’Elisabeth I., l’Irlande est certes pacifiée, mais au prix de pertes monstrueuses, le culte catholique reste autorisé ceci dit, à condition d’être discret. Rien de tel qu’un ennemi commun pour souder un peuple, et par réaction, l’assise de l’Eglise catholique sur la verte Erin se renforce.

Le XVII voit ensuite l’installation des premiers colons protestants en Ulster, de plus en plus nombreux, ce qui expliquera 400 ans plus tard la séparation des deux Irlandes, l’Irlande du Nord étant en grande partie habitée de nos jours par les descendants de ces colons. Comment les colons ont pu s’installer en Irlande, qui était un petit pays, déjà largement habité? Fastoche, on a confisqué des terres aux autochtones qu’on a donné aux colons.

En 1641 commence une rébellion contre l’occupant, que les Anglais mettront une décennie à vaincre. C’est Cromwell qui en viendra à bout, avec un nettoyage musclé. A la suite de cela, le traité de Limerick règle la vie en Irlande, les relations avec la Grande Bretagne, et les brimades légales et financières contre les catholiques. On essaye ensuite de faire venir d’autres colons dans les autres comtés irlandais, mais 40 ans après la première vague, on trouve moins de volontaires, beaucoup étant déjà attirés par le nouveau monde (où il y avait beaucoup, beaucoup plus de place et surtout une liberté religieuse garantie).

La fin du XVII est marquée en 1690 par la bataille de la Boyne qui voit les deux rois anglais s’affronter en terre irlandaise, le catholique Jacques II et le protestant Guillaume d’Orange-Nassau. Avec la défaite suivie de l‘exil définitif de Jacques en France, s’évanouissent les espoirs irlandais de mettre fin à la domination britannique.. et la couleur orange s’installe durablement dans le paysage irlandais (que l’on retrouve aussi bien dans le drapeau de la république que dans les bannières des défilés nord-irlandais protestants).

Par conséquent, le 18e marque une ascendance quasi absolue des anglais et protestants sur les irlandais et catholiques. Après leur avoir pris leurs terres confiées aux landlords, les anglais essayent de leur prendre leur religion en votant des lois aux clauses plus léonines les unes que les autres et en exilant les dignitaires catholiques en Europe…mais sans chercher à complètement convertir la population. Ben oui, comment voulez vous ensuite asservir et reléguer un peuple aux basses besognes sous prétexte qu’il est catholique si vous en avez fait des bons protestants? !

Le 18 marque aussi, fait peu connu, une immigration croisée. Pour simplifier: les riches et/ou éduqués français protestants viennent en Irlande, tandis que les pauvres irlandais catholiques viennent…en France! Ils n’y sont pas toujours les bienvenus d’ailleurs et certains sont renvoyés en Irlande, d’autres s’installent, parfois avec succès. C’est ainsi que les Hennessy (le cognac) et les Barton (Léoville du même nom, excellent vin!) fondent une dynastie prospère. La bibine, déjà partie intégrante de l’histoire irlandaise..

C’est d’ailleurs en partie ces relations soutenues avec la France qui ont amené à l’Acte d’Union étonnamment.. en effet, la diaspora émergente se fait à la fois le relais de l’acte d’indépendance des 13 premières colonies américaines en 1776, (acte de naissance des USA), mais aussi de la révolution française en 1789. D’ailleurs pour la petite histoire, il y eu même un débarquement français en Irlande en 1796 pour aider les rebelles irlandais et faire un pied de nez aux Anglais…qui échoue bêtement à cause de la météo!! (un fait récurrent dans l’Histoire européenne..)

C’est alors que les Anglais réalisent qu’avant de se faire décapiter, au propre comme au figuré, ils feraient mieux d’intégrer officiellement l‘Irlande à la couronne, afin que tous les citoyens soient libres et égaux en droit, notamment les catholiques irlandais, qui du coup n’auraient plus besoin de se rebeller! Et c’est l’Acte d’Union de 1800: l’intégration pleine et entière de la l‘île voisine marque l’acte de naissance du Royaume-Uni avec addition à la fois de représentants irlandais à Westminster et de la croix de Saint André sur le drapeau britannique.

La suite au prochain numéro…

  • « tel souverain, telle religion »
  • NB: j’ai essayé de concentrer les excellentes 800 pages de Pierre Joannon « Histoire de l’Irlande et des Irlandais » en 2 fois 3 pages d’où les FFW..
Etymologie du nom Waterford
Devoir de mémoire: religion et citoyenneté à Waterford
Waterford, Reginald Tower

Publié par pchatelain

Je suis une Française qui habite actuellement en Irlande et qui s intéresse particulièrement à la valeur des mots

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